Résumé
- Le Grand Sphinx est un monument en calcaire de 73 mètres de long situé sur le plateau de Gizeh, probablement sculpté vers 2500 av. J.-C., bien que les chercheurs débattent encore pour savoir s’il représente Khéphren, Khéops ou Djédefrê.
- Son nez disparu fut volontairement détruit, très probablement en 1378 apr. J.-C. par un religieux soufi nommé Muhammad Sa'im al-Dahr, et non par les tirs de canon de Napoléon, une légende réfutée notamment par un dessin datant de 1737.
- Vers 1400 av. J.-C., la Stèle du Rêve du pharaon Thoutmôsis IV rapporta une légende selon laquelle le Sphinx lui aurait promis le trône en échange du dégagement du sable qui ensevelissait son corps.
- Le Sphinx a été fouillé et restauré à de nombreuses reprises au cours de l’histoire, depuis les travaux de dégagement réalisés à l’époque romaine sous Néron jusqu’aux restaurations du XXe siècle, qui comprirent notamment l’ajout d’un collier permanent en béton autour de son cou.
- De véritables études sismiques ont identifié des vides souterrains près de ses pattes, mais les affirmations concernant une mystérieuse « Salle des Archives » cachée ou une construction remontant à 10 500 av. J.-C. restent des théories pseudoarchéologiques dépourvues de preuves.
Le Grand Sphinx est considéré comme l’incarnation même de l’Antiquité et du mystère. Depuis des millénaires, il nourrit l’imagination des poètes, voyageurs, aventuriers et scientifiques, et aujourd’hui encore, son origine reste débattue. D’innombrables récits de mystère et d’émerveillement ont été associés à cette incroyable statue, qui révèle une facette unique de la mythologie de l’Egypte antique, de son architecture et de son expression artistique.
Aucun monument en Egypte n’a suscité autant de théories par rapport à sa surface visible que le Grand Sphinx de Gizeh. Sculpté dans une seule crête rocheuse il y a plus de quatre mille ans, il a perdu son nez, vu son nom d’origine disparaître, survécu à au moins trois ensevelissements sous le sable du désert et inspiré toutes sortes d’histoires, depuis le rêve fiévreux d’un pharaon jusqu’à une prophétie des années 1930 évoquant une salle d’archives perdue qui ne fut jamais découverte. Il demeure la plus ancienne sculpture monumentale connue d’Egypte et, même après deux siècles de fouilles sérieuses, aucune inscription datant de son époque ne permet d’identifier avec certitude son constructeur ni sa fonction.
Ce guide présente ce qu’est réellement le Sphinx et ses véritables dimensions, les différentes théories concernant son constructeur et sa date de création, la véritable histoire de son nez disparu, la légende du rêve qui poussa un jeune pharaon à le dégager du sable, la longue histoire parfois destructrice de ses fouilles et restaurations, ainsi que la manière de distinguer les véritables questions archéologiques encore sans réponse des théories pseudoarchéologiques associées au monument au cours du siècle dernier.
Qu’est-ce Que Le Grand Sphinx De Gizeh?
Le Grand Sphinx se trouve sur le plateau de Gizeh, sur la rive occidentale du Nil, à environ 10 kilomètres de l’ancienne Memphis et du centre du Caire. Orienté plein est, il fait partie de la vaste Nécropole Memphite aux côtés des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos. Sculpté dans un seul monolithe de calcaire datant de l’Éocène et appartenant à la formation du Mokattam, il mesure 73 mètres de la patte à la queue, 20 mètres de haut et 19 mètres de large au niveau des hanches. Il associe le corps allongé d’un lion à une tête humaine portant la coiffe royale némès. L’auteur romain Pline l’Ancien consigna ses propres mesures au Ier siècle apr. J.-C., indiquant une circonférence de tête de 102 pieds et une hauteur de 62 pieds entre le ventre et la couronne, preuve que les visiteurs tentent de mesurer précisément ce monument depuis près de deux mille ans.
Le calcaire lui-même complique la conservation du Sphinx. Ses pattes et la partie inférieure de son corps reposent sur une roche solide, tandis que son torse a été taillé dans une couche beaucoup plus tendre qui s’est progressivement désagrégée au fil des millénaires. La pierre plus dure de la tête s’est érodée beaucoup plus lentement, ce qui explique en grande partie pourquoi celle-ci a conservé sa forme tandis que le corps a nécessité de nombreuses restaurations.
L’association du corps et de la tête n’était nullement fortuite. Le corps du lion conférait au monument puissance physique et fonction protectrice, tandis que la tête humaine, coiffée de l’emblème royal du pharaon, ajoutait intelligence et autorité royale. Ensemble, ils représentaient le dieu solaire sous sa forme de Rê-Horakhty, veillant sur la nécropole située derrière lui. Un petit temple, construit avec les pierres extraites lors de la sculpture du corps du Sphinx, se trouvait autrefois entre ses pattes avant et abritait des stèles inscrites, notamment la Stèle du Rêve évoquée plus loin. Cependant, comme l’enceinte environnante, ce temple semble être resté inachevé durant l’Antiquité.
Découvrez Qui A Construit Le Grand Sphinx
La majorité des archéologues datent toujours le Sphinx de l’Ancien Empire égyptien, quelque part entre 2600 et 2500 av. J.-C., mais l’identité du pharaon représenté par son visage demeure l’un des débats les plus anciens de l’égyptologie.
La Théorie de Khéphren
L’hypothèse la plus largement acceptée attribue le monument à Khéphren, fils de Khéops, qui régna approximativement de 2558 à 2532 av. J.-C. Cette théorie repose notamment sur un cartouche endommagé de la Stèle du Rêve du Sphinx, dans lequel l’égyptologue Thomas Young ajouta autrefois un hiéroglyphe manquant afin de compléter le nom « Khéphren ». Cette reconstruction devint toutefois difficile à vérifier après la nouvelle excavation de la stèle en 1925, lorsque les lignes concernées avaient entièrement disparu. Des preuves archéologiques plus solides soutiennent néanmoins cette attribution : le Temple de la Vallée de Khéphren est antérieur au Temple du Sphinx situé devant le monument, et la chaussée qui les relie semble avoir été construite en tenant déjà compte de l’existence du Sphinx.
Les Théories de Khéops et Djédefrê
Rainer Stadelmann, ancien directeur de l’Institut Archéologique Allemand du Caire, défendit quant à lui l’hypothèse de Khéops, estimant que le style de la coiffe némès et de la barbe détachée correspondait davantage à son règne qu’à celui de son fils. En 2004, l’égyptologue français Vassil Dobrev proposa un troisième candidat : Djédefrê, demi-frère de Khéphren, qui aurait pu commander le Sphinx à l’image de son père Khéops afin de restaurer le prestige de la dynastie après une succession difficile. D’autres égyptologues, notamment Nigel Strudwick, ont estimé que la théorie de Dobrev n’était « pas invraisemblable », tout en soulignant qu’elle ne disposait toujours d’aucune preuve directe.
Les Théories de l’Ancien et du Moyen Empire
Quelques théories plus marginales proposent des dates aussi bien plus anciennes que plus récentes. L’égyptologue allemand Ludwig Borchardt attribua autrefois le monument à la XIIe dynastie du Moyen Empire, soulignant une ressemblance avec le pharaon Amenemhat III, mais cette hypothèse a depuis été largement rejetée par les chercheurs.
À l’inverse, le géologue Colin Reader a souligné certains motifs d’érosion par l’eau autour de l’enceinte du Sphinx comme preuve possible que celle-ci serait antérieure aux carrières environnantes et, par extension, aux pyramides elles-mêmes. Il s’agit d’un argument sérieux, situé en marge des recherches académiques dominantes, mais distinct des théories bien plus spéculatives présentées plus loin.
Selim Hassan, qui dirigea d’importantes fouilles de l’enceinte du Sphinx dans les années 1940, résuma honnêtement l’état des connaissances : selon lui, la création du Sphinx appartenait probablement à Khéphren, mais avec une importante réserve, à savoir qu’aucune inscription contemporaine ne reliait directement le Sphinx à ce souverain. Ce débat rappelle utilement que, même concernant les pharaons les plus célèbres d’Egypte, les attributions ne sont pas toujours aussi certaines que pourraient le laisser penser les panneaux des musées.
Comment L’imagerie Du Sphinx A Évolué Après Gizeh
Le Grand Sphinx établit un modèle que l’art égyptien continua d’adapter pendant les deux millénaires suivants, même si le nom originel du monument disparut progressivement des archives. Sa forme de l’Ancien Empire associait un corps de lion à une tête humaine, une fausse barbe cérémonielle et la coiffe royale némès, une représentation encore visible aujourd’hui à Gizeh.
À l’époque du Moyen Empire, cette image évolua : le roi Amenemhat III, durant la seconde moitié de la XIIe dynastie, devint le premier pharaon représenté sous la forme d’un sphinx doté d’une véritable crinière de lion plutôt que de la coiffe némès, intégrant ainsi plus directement l’apparence du souverain à l’anatomie du lion.
Le Nouvel Empire introduisit une nouvelle évolution lorsque les sphinx commencèrent à être représentés avec des bras humains à la place des pattes avant, souvent tenant des objets de culte ou des récipients d’offrandes. Amenhotep III fut le premier pharaon représenté sous cette forme, plusieurs générations avant que la légende de la Stèle du Rêve de son fils ne soit associée au monument originel de Gizeh.
Les Noms du Sphinx à Travers l’Histoire
Le Sphinx possédait presque certainement un nom durant l’Ancien Empire, mais celui-ci n’a jamais été retrouvé. Le temple construit devant lui ainsi que l’enceinte environnante ne semblent jamais avoir été entièrement achevés ni véritablement utilisés à des fins cultuelles durant cette période.
Les égyptologues emploient parfois rétroactivement le terme descriptif shesep-ankh, signifiant « image vivante », une expression empruntée au vocabulaire plus large utilisé pour les statues royales de l’époque plutôt qu’un nom confirmé sur le monument lui-même. Durant le Nouvel Empire, approximativement entre 1570 et 1050 av. J.-C., les Égyptiens le connaissaient sous le nom de Hor-em-Akhet, « Horus de l’Horizon », un nom de divinité solaire que les Grecs rendirent plus tard sous la forme Harmachis.
Le nom « Sphinx » n’apparut qu’à l’époque gréco-romaine, environ 2 000 ans après la construction du monument. Il dérive du verbe grec sphingo, signifiant « serrer » ou « étrangler », en référence à la créature énigmatique et meurtrière de la mythologie grecque. Pourtant, le sphinx grec possédait traditionnellement des ailes et une tête de femme, caractéristiques que la représentation égyptienne antique ne possédait pas.
Les auteurs arabes médiévaux utilisèrent leurs propres noms, notamment Bilhaub et Abu al-Hawl, « Père de la Terreur », un nom encore utilisé aujourd’hui en arabe égyptien. Certaines sources médiévales associèrent également le monument au dieu cananéen Hauron, illustrant la manière dont les cultures ultérieures projetèrent leurs propres traditions religieuses de dieux et de déesses sur un monument dont la signification originelle s’était déjà perdue au fil du temps.
Le Nez et la Barbe Disparus : Mythe et Réalité
L’examen attentif du visage révèle des preuves évidentes de dommages intentionnels : des marques laissées par des tiges ou des ciseaux sont visibles au niveau de l’arête du nez et sous la narine, ce qui indique que le nez aurait été volontairement arraché plutôt que simplement détruit par l’érosion naturelle.
L’explication populaire selon laquelle les troupes de Napoléon auraient détruit le nez à coups de canon durant la campagne d’Egypte de 1798 est manifestement fausse. L’artiste français Frédéric Louis Norden dessina le Sphinx avec son nez déjà manquant en 1737, plus de soixante ans avant l’arrivée de Napoléon en Egypte, et ses dessins furent publiés bien avant que ce mythe ne devienne populaire.
Les sources historiques orientent plutôt vers la période médiévale de l’Egypte. Certains auteurs arabes du Xe siècle décrivent des attaques iconoclastes contre le monument, tandis que le chroniqueur du XIVe siècle Ibn Qadi Shuhba rapporte des actes de profanation de statues de sphinx durant l’époque mamelouke.
Le récit le plus précis provient de l’historien du XVe siècle Al-Maqrizi, qui attribua les dommages à un religieux soufi nommé Muhammad Sa'im al-Dahr en 1378. Celui-ci aurait mutilé le Sphinx après avoir vu des paysans déposer des offrandes de récoltes devant le monument, une pratique qu’il considérait comme idolâtre. Une légende locale affirma plus tard que la tempête de sable qui ensevelit peu après le plateau de Gizeh constituait une punition divine pour son acte.
Le Sphinx portait également autrefois une barbe pharaonique cérémonielle, aujourd’hui brisée. Un fragment subsistant est conservé au British Museum de Londres. Des traces de pigment rouge restent visibles sur le visage, tandis que de plus petites traces de jaune et de bleu ont été découvertes ailleurs sur le corps, suggérant que le monument était à l’origine peint de couleurs vives plutôt que laissé dans sa pierre naturelle, un détail facilement oublié lorsqu’on observe aujourd’hui son calcaire blanchi par le soleil.
La Stèle Du Rêve Et La Légende De Thoutmôsis IV
Vers 1400 av. J.-C., une stèle en granit fut placée entre les pattes du Sphinx par le pharaon Thoutmôsis IV. Elle porte une inscription racontant une histoire qui a survécu à presque toutes les autres légendes associées au monument.
Selon la stèle, le jeune prince s’endormit à l’ombre du Sphinx alors qu’il chassait et rêva que le monument lui parlait. Celui-ci s’identifia comme le dieu Harmakhis et se plaignit que le sable avait enseveli son corps, lui demandant de le libérer.
En échange du dégagement du sable, le rêve promettait à Thoutmôsis le trône d’Egypte, alors qu’il n’était pas, à cette époque, le premier héritier dans l’ordre de succession. Qu’il s’agisse d’une véritable légende ou d’une forme de propagande dynastique rédigée après coup pour légitimer son accession au pouvoir, la stèle constitue le plus ancien témoignage connu d’une excavation du Sphinx. Et ce ne fut peut-être pas la dernière : certains indices suggèrent que Ramsès le Grand ordonna un nouveau dégagement plusieurs générations plus tard.
Le Mystère Complexe Autour Du Sphinx
L’âge du Sphinx a toujours fait l’objet de débats. Il est généralement considéré comme ayant été sculpté à l’image du pharaon Khéphren vers 2500 av. J.-C., ce qui expliquerait pourquoi le monument est géographiquement étroitement aligné avec la pyramide de Khéphren.
Le Sphinx possède un corps de lion et une tête humaine, ce que certains interprètent comme une référence à la constellation du Lion selon la théorie de l’alignement avec la constellation d’Orion et la position relative de la Voie lactée proposée par Robert Bauval et Graham Hancock.
Ils estiment que la construction du Grand Sphinx aurait commencé vers 10 500 av. J.-C. et que sa forme léonine ferait référence à la constellation du Lion. Selon cette théorie, l’ensemble du complexe pyramidal de Gizeh et le Nil reproduiraient avec précision une carte de la ceinture d’Orion, de la constellation du Lion et de la Voie lactée telle qu’elle serait apparue vers 10 500 av. J.-C.
Ces observations affirment que ces corps célestes correspondraient à l’âge astrologique du Lion, situé entre 10 970 et 8 810 av. J.-C., ce qui signifierait que le monument serait beaucoup plus ancien que généralement admis. Certains pensent également que la tête aurait été retaillée à plusieurs reprises après l’Ancien Empire (2575 av. J.-C.–2150 av. J.-C.) dans le cadre de restaurations, modifiant ainsi les proportions du visage original, qui aurait éventuellement pu représenter une tête de bélier ou de faucon.
La Grande Évolution Du Sphinx
Le sphinx existait déjà durant l’époque dynastique sous une forme simple et bidimensionnelle, avant d’évoluer progressivement. Durant l’Ancien Empire, les statues de sphinx étaient représentées avec une tête humaine et un corps de lion, accompagnés d’une fausse barbe royale et de la coiffe némès. Durant le Moyen Empire, le sphinx devint essentiellement une représentation du roi sous cette forme, la tête humaine étant alors entourée d’une crinière de lion.
Le premier roi à se représenter sous la forme d’un sphinx doté d’une crinière de lion fut Amenemhat III durant le Moyen Empire, dans la seconde moitié de la XIIe dynastie. Durant le Nouvel Empire, les statues de sphinx conservèrent les caractéristiques du Moyen Empire tout en évoluant : les pattes avant du lion couché furent transformées en bras humains tenant des objets de culte. Le premier roi à se représenter sous cette forme fut Amenhotep III.
Le Processus Continu De Fouille Et de Restauration Du Sphinx
Le Sphinx a passé une plus grande partie de son existence enseveli qu’exposé, et l’histoire de ses fouilles ressemble presque à une seconde biographie superposée à la première.
Après les travaux de Thoutmôsis IV, le Sphinx fut de nouveau dégagé vers le Ier siècle apr. J.-C. en l’honneur de l’empereur romain Néron, sous la supervision du gouverneur d’Egypte Tiberius Claudius Balbilus. Celui-ci fit ajouter un escalier monumental de plus de 12 mètres de large descendant vers les pattes. Une stèle de restauration datée de 166 apr. J.-C. mentionne de nouveaux travaux effectués sur les murs de soutènement environnants. L’empereur romain Septime Sévère, qui visita le site vers 200 apr. J.-C., fut le dernier empereur dont la présence y fut enregistrée avant que le monument ne disparaisse de nouveau sous le sable.
Les fouilles modernes commencèrent en 1817 lorsque l’ingénieur italien Giovanni Battista Caviglia devint le premier à dégager entièrement la poitrine du Sphinx à l’époque moderne. L’archéologue français Auguste Mariette, fondateur du Musée Égyptien du Caire, poursuivit le dégagement du site en 1853 et découvrit la fissure naturelle traversant la taille du Sphinx. En 1886, Gaston Maspero conclut, sur la base de la Stèle du Rêve, que le monument devait être antérieur au règne de Khéphren. Flinders Petrie s’opposa toutefois à cette interprétation quelques années plus tôt, affirmant en 1883 que les découvertes récentes situaient fermement sa construction sous la IVe dynastie de Khéphren.
Le XXe siècle apporta à la fois des avancées et des erreurs. En 1926, une partie de la coiffe s’effondra après que l’érosion eut profondément fragilisé le cou. Les travaux de réparation de 1931 ajoutèrent un collier de béton entre la coiffe et le cou, modifiant définitivement le profil du Sphinx. L’archéologue français Émile Baraize passa les années 1931 et 1932 à consolider la fissure de la taille avec des barres de fer, du calcaire et du ciment, tout en démontant l’ancien escalier romain.
Plusieurs décennies plus tard, en 1978, l’égyptologue Zahi Hawass dégagea un petit puits près du rebord nord de l’enceinte, surnommé le « Keyhole Shaft » en raison de la forme des découpes situées au-dessus. L’égyptologue Mark Lehner l’a interprété comme une tombe inachevée.
Un passage oublié situé sur la partie arrière du Sphinx, remarqué pour la première fois en 1926 et fouillé en 1980, se révéla être un tunnel étroit se terminant en cul-de-sac plutôt qu’une chambre secrète. Sa partie inférieure était obstruée par des débris modernes, du papier aluminium et même une paire de chaussures, une découverte pour le moins décevante après des décennies de spéculations sur ce qu’il pouvait contenir.
D’autres travaux de rénovation de la base et du corps se poursuivirent durant les années 1980 puis furent repris dans les années 1990, dans le cadre d’un effort permanent et toujours inachevé visant à ralentir la détérioration du calcaire plus tendre.
La Stèle De l’Inventaire : Un Témoignage Historique De l’Egypte Antique
Toutes les affirmations antiques concernant le Sphinx ne résistent pas à un examen approfondi, y compris certaines formulées par les anciens Égyptiens eux-mêmes. En 1857, Mariette découvrit également la célèbre Stèle de l’Inventaire, datée de la XXVIe dynastie, entre environ 664 et 525 av. J.-C. Elle affirme que Khéops aurait découvert le Sphinx déjà enseveli sous le sable bien avant son propre règne, ce qui repousserait l’origine du monument de plusieurs siècles au-delà de ce que les preuves archéologiques permettent d’établir.
La majorité des égyptologues considèrent aujourd’hui cette stèle comme une forme de révision historique de la Basse Époque, probablement commandée par des prêtres souhaitant attribuer à leur temple d’Isis voisin une ancienneté sacrée artificiellement prestigieuse, une pratique fréquente lorsque les institutions religieuses égyptiennes rivalisaient pour obtenir la faveur royale et des donations. Elle rappelle utilement que tous les textes antiques parlant d’un monument ancien ne constituent pas nécessairement des témoignages fiables sur sa véritable histoire.
Chambres Cachées : Distinguer les Faits Des Théories Marginales
Peu de monuments attirent autant de spéculations que le Sphinx, et il est important de distinguer précisément les affirmations fondées sur des preuves de celles qui ne le sont pas.
Du côté des recherches crédibles, une équipe conjointe de l’Université de Boston, de la Florida State University et de l’Université Waseda a identifié de véritables anomalies sismiques autour du monument, notamment des vides et des formations ressemblant à des cavités situées à environ 25 pieds sous les pattes, détectés grâce à des équipements de prospection géophysique. Ces résultats montrent de véritables irrégularités souterraines, mais ne confirment pas l’existence de chambres. Les égyptologues les considèrent comme un sujet nécessitant davantage de recherches plutôt que comme la preuve d’une structure cachée spécifique.
Beaucoup moins crédible est l’hypothèse dite de l’érosion du Sphinx par l’eau, défendue notamment par John Anthony West et le géologue Robert Schoch. Selon cette théorie, les formes d’altération visibles sur les murs de l’enceinte ne pourraient avoir été causées que par de fortes pluies préhistoriques, impliquant une date de construction plusieurs milliers d’années antérieure à 2500 av. J.-C. Les géologues et archéologues traditionnels ont largement rejeté cette théorie en s’appuyant sur les données climatiques et archéologiques environnantes.
Une théorie associée est la Théorie de Corrélation d’Orion, popularisée par Robert Bauval et Graham Hancock, selon laquelle le Sphinx et les pyramides de Gizeh auraient été disposés pour reproduire les constellations d’Orion et du Lion telles qu’elles apparaissaient vers 10 500 av. J.-C. Aucune preuve textuelle ou archéologique ne soutient cette affirmation, généralement classée dans le domaine de la pseudoarchéologie plutôt que de la recherche scientifique.
La théorie marginale la plus célèbre est peut-être celle de la « Salle des Archives », supposée être une bibliothèque souterraine contenant des connaissances perdues et dont le médium américain Edgar Cayce prédit dans les années 1930 qu’elle serait découverte sous le Sphinx avant 1998. Aucune salle de ce type ne fut découverte cette année-là ni depuis, même si cette prédiction continue de circuler dans les médias populaires. Une autre théorie, plus académique mais minoritaire, proposée par le chercheur Robert Temple, suggère que le Sphinx aurait été initialement sculpté sous la forme du dieu chacal Anubis avant d’être retaillé pour prendre son apparence humaine actuelle. Cette hypothèse n’a pas obtenu une large reconnaissance parmi les égyptologues.
À l’extrémité la plus spéculative se trouvent les affirmations selon lesquelles le Sphinx aurait été construit par les Anunnaki de la mythologie sumérienne, ou encore que l’agencement de Gizeh reproduirait des structures observées sur Mars et aurait autrefois servi de repère d’atterrissage pour des engins spatiaux. Ces idées ne reposent sur aucune preuve, scientifique ou autre, mais persistent suffisamment en ligne pour mériter d’être mentionnées et clairement rejetées. Dans leur ensemble, la véritable archéologie du Sphinx, son débat authentique sur son attribution, son histoire documentée de fouilles et ses anomalies souterraines vérifiées sont probablement bien plus intéressants que les mythes construits autour de lui, précisément parce qu’une partie importante de son histoire demeure réellement, plutôt que mystérieusement, non résolue.
Les Théories Marginales Sur Le Sphinx
Au fil des années, de nombreuses théories ont remis en question l’histoire du Grand Sphinx et suscité de vastes débats sur son constructeur, sa fonction et sa date de création. La statue ayant été endommagée et restaurée à plusieurs reprises au cours des millénaires, et aucun document de l’Ancien Empire ne fournissant d’informations directes sur son âge ou sa construction, de nombreux archéologues et égyptologues ont débattu de son origine, ouvrant également la voie à des hypothèses parfois très spéculatives.
Presque tout ce qui concerne le Sphinx a fait l’objet de débats, y compris l’identité de ses constructeurs. Certains ont émis l’hypothèse que les Anunnaki, groupe de divinités apparaissant dans les anciennes civilisations sumérienne, akkadienne, assyrienne et babylonienne, auraient construit le Sphinx. D’autres considèrent l’alignement du Sphinx et des pyramides égyptiennes comme une reproduction ou un miroir de structures ressemblant à des pyramides observées sur Mars, voire imaginent le plateau de Gizeh comme une sorte de piste d’atterrissage pour des vaisseaux spatiaux.
Une autre théorie concernant l’âge du Sphinx est celle de l’érosion par l’eau, qui affirme que des signes d’altération dus à de fortes pluies auraient affecté le monument à la fin de la dernière période glaciaire, entre 7 000 et 5 000 av. J.-C., ce qui le rendrait beaucoup plus ancien que généralement admis. Selon cette hypothèse, le sable qui recouvrait autrefois le Sphinx aurait agi comme une barrière protectrice avant que le monument ne soit exposé aux phénomènes naturels.
Visiter Le Grand Sphinx Aujourd’hui
Le Sphinx se trouve à quelques minutes à pied des trois pyramides de Gizeh et figure dans pratiquement toutes les excursions d’une journée au Caire vers le plateau. Il est souvent associé à la Pyramide à Degrés de Saqqarah, la plus ancienne pyramide d’Egypte et un excellent point de comparaison pour comprendre la rapidité avec laquelle les ambitions architecturales de l’Ancien Empire se développèrent. Le nouveau Grand Musée Égyptien, construit juste au nord du plateau, rend aujourd’hui la combinaison de ces sites en une seule journée encore plus naturelle qu’il y a dix ans. La plupart des visiteurs admirent le Sphinx depuis la plateforme publique située devant ses pattes, pratiquement au même endroit où les ouvriers de Thoutmôsis IV se seraient tenus plus de trois mille ans auparavant.
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Le Grand Sphinx est l’une des principales attractions touristiques du Caire. Ses véritables mystères, patiemment documentés plutôt qu’inventés, constituent à eux seuls une raison suffisante de se tenir devant lui et de lever les yeux, mais aussi d’en apprendre davantage sur l’ensemble de la civilisation de l’Egypte antique ou de découvrir le Sphinx dans le cadre d’une aventure plus vaste plutôt que comme une simple visite de quelques heures. Si vous souhaitez visiter l’Egypte, nous vous offrons la possibilité de découvrir nos egypte voyage et de choisir le voyage qui vous convient, pouvant également inclure une majestueuse croisière sur le nil egypte.